• vendredi , 15 novembre 2019

Comment le Big Data réinvente-t-il l’apprentissage ? Interview — Evan Friburg (Business Developer DOMOSCIO)

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Chaque apprenant est différent. Chacun apprend à son rythme, à sa manière. Et surtout l’apprenant oublie vite. De ce contexte naissent deux problématiques : comment être capable de personnaliser l’apprentissage ? Quels outils choisir sur du long terme ? Evan Friburg (Business Developer chez DOMOSCIO, start-up EdTech) nous aide à répondre à ces problématiques et nous explique l’intérêt d’utiliser les nouvelles technologies pour l’apprentissage.

À l’heure où l’on dispose d’une multitude de méthodes d’apprentissage, quels sont les défis d’aujourd’hui pour les organismes de formation ?

Les organismes de formations font face à un marché très concurrentiel. Ils se doivent donc de se différencier, proposer une offre plus large, des services complémentaires voire des innovations sur lesquelles communiquer. C’est d’ailleurs le positionnement de DOMOSCIO. Nous nous positionnons comme un acteur complémentaire du marché. En effet, les organismes de formations ont déjà des contenus efficaces et sont même parfois déjà équipés de plateformes de formation en ligne. DOMOSCIO les complète, avec une technologie encore plus performante, qui adapte la formation à chaque personne.

Aujourd’hui, certains organismes de formations privilégient une approche blending learning, c’est-à-dire une balance équilibrée entre du présentiel et du distanciel. Nous sommes convaincus que le présentiel est loin d’être mort. D’autant plus que nombre d’outils permettent de revigorer le présentiel et de l’animer. De même coté distanciel, différentes formes de formations sont nées : les serious game, et surtout l’adaptive learning.

L’adaptive learning est une approche de plus en plus recherchée par les organismes de formations. Autant par les grands organismes tels que Abilways, ou même les plus petits. C’est une question de stratégie… À quel type d’apprenant s’adressent-ils ? Auprès de quel client ? Quels types de formations délivrent-ils ? Etc.

Ces outils d’adaptive learning sont conçus pour permettre entre autres de réaliser des économies et de fidéliser les clients. Mais surtout, plus important pour les organismes de formation : bénéficier de feedbacks et de retours sur les usages des apprenants.

Expliquez-nous le concept d’apprentissage adaptatif, qu’est-ce que l’adaptive learning ?

Le concept d’adaptive learning est né dans les années 1970 avec les premières applications de l’intelligence artificielle. Il est de retour aujourd’hui grâce aux capacités de l’informatique actuelle. Créé en 2013, DOMOSCIO est désormais leader en Europe dans l’adpative learning. Nous nous développons avec une approche différente, néanmoins très solide.

Le marché de l’adaptive learning est donc assez récent. D’après l’Observatoire de l’EdTech, on recense plus de 250 sociétés françaises sur le marché de l’EdTech. Et 75 d’entre elles déclarent faire de l’adaptive learning. Sur ces 75, certains font appel à DOMOSCIO, ou n’ont pas la même définition de l’adaptive learning, qui devient parfois un terme purement marketing.

Pour faire de l’adaptive learning, DOMOSCIO se base sur la donnée. Plus concrètement, la donnée est récoltée dès qu’un utilisateur se connecte sur un parcours en ligne. L’adaptive learning c’est connaitre notre apprenant et lui proposer des recommandations personnalisées. Pour cela, DOMOSCIO utilise des algorithmes de machine learning afin de traiter toutes ces données. Et il met en parallèle les principes des sciences cognitives, pour faire ressortir la meilleure façon d’apprendre chez l’apprenant.

Cette technologie est désormais possible, car nous avons maintenant des capacités de stockage et une puissance de calculs immenses. Ces dernières nous permettent d’utiliser des technologies de recommandation avec des objectifs et une approche très centrés sur l’humain : l’aider à apprendre mieux et pour plus longtemps.

DOMOSCIO propose 3 solutions technologiques :

  1. Une solution adaptive learning qui répond au besoin croissant de personnalisation de l’apprentissage. Cette solution consiste à collecter les données d’apprentissage de l’apprenant et en retour, lui proposer à l’instant T et selon ses objectifs pédagogiques, quelles sont les formations qu’il doit suivre.
  2. Une solution d’ancrage adaptatif® qui répond à la deuxième phase de l’apprentissage : le besoin des révisions et de la rétention d’information. En effet, l’apprenant oublie vite. Pour cela, il est bon de lui faciliter un planning de révisions, de lui faire des piqûres de rappel. Suite à une formation, l’apprenant recevra des notifications l’invitant à répondre à des quizz sur celle-ci. Car ce système d’intelligence artificielle est capable de mesurer à quelle vitesse l’apprenant oublie.
  3. Une solution de learning analytics qui répond aux défis d’un grand nombre d’acteurs sur le feedback. En effet, les différents utilisateurs, apprenants, formateurs, et managers ont besoin de bénéficier d’une remontée d’informations quasi instantanée pour analyser l’impact des formations. Ce feedback est résumé, soit sous forme de tableau de bord, soit sous forme d’alertes.

Quels sont les objectifs de l’adpative learning ?

Les objectifs peuvent être variés, en voici quelques-uns :

  • Réduire le temps passé en formation et donc le temps passé à apprendre. Faire de la personnalisation, c’est donc un moyen d’aller plus vite dans la pédagogie. Car, selon l’apprenant, la technologie va automatiquement écarter ce qui est trop difficile et ce qui est trop facile. Les sciences cognitives ont démontré que pour gagner du temps, il faut suivre ce qui est pertinent.
  • Engager l’apprenant. La personnalisation permet de motiver un ensemble d’apprenants, car chacun à une formation qui lui correspond. L’apprenant va donc revenir, mieux retenir et va apprécier de se former.
  • Piloter efficacement les formations. L’adaptive learning permet de pousser au manager des remontées d’informations. Par exemple, quels sont les manques en termes de compétences de l’apprenant. C’est une technologie qui aide et qui accompagne les managers dans leur quotidien professionnel.
  • Favoriser et simplifier la réorganisation dans les grandes entreprises. L’adaptive learning indique au manager quel est le meilleur chemin pour acquérir les bonnes compétences, dans un contexte professionnel où la tendance est au turn-over horizontal. Grâce au machine learning, on connait le profil de l’apprenant, sa typologie, on sait quelles formations il suit, qu’est-ce qui a bien fonctionné pour lui dans le passé, et on est en mesure de l’appliquer au présent.

À quel niveau le Big Data intervient-il dans le concept d’adaptive learning ?

Le Big Data correspond à un nombre incalculable de données, que l’on peut analyser grâce au machine learning.

Le principe du machine learning c’est un système algorithmique qui est capable d’apprendre de lui-même. Automatiquement, le machine learning s’actualise en fonction des données engrangées. Et il met à jour les modèles, et ce, en continu. Il va donc s’améliorer régulièrement, c’est ce qu’on appelle l’apprentissage automatique.

Par exemple, prenons un nouvel apprenant qui commence une formation. Il est nouveau, donc aucune donnée n’est connue sur lui. L’outil va alors lui proposer des recommandations au début, qui seront peu pertinentes. Puis, au fur et à mesure des connexions de l’apprenant, l’outil va engranger de la donnée. Il va donc mieux connaitre l’élève et l’intelligence artificielle va alors être plus pertinente et personnalisée. L’adaptive learning fait aussi du « clustering » : on regroupe des personnes homogènes, dans le but de trouver une correspondance des apprenants, aux façons d’apprendre similaires. Pour faire ensuite des recommandations similaires. Ce « matching » permet également de mettre en relation deux personnes au profil similaire pour qu’elles puissent s’entraider. Grâce à cet apprentissage collaboratif, si un apprenant bloque, l’autre peut l’aider.

Concrètement, dans quelles situations d’apprentissage retrouve-t-on le concept d’adaptive learning ?

L’adaptive learning est utilisée par différentes organisations, notamment :

  • Les éditeurs de contenus scolaires de plus en plus digitalisés, comme la maison d’édition Hatier, avec qui DOMOSCIO a d’ailleurs collaboré dans le cadre d’un appel à projets du Ministère de l’Education nationale.
  • L’enseignement supérieur, comme l’Université Paris DESCARTES, ou d’autres Business School.
  • La formation continue(les organismes de formations, les PME, les grands groupes, les universités d’entreprises, etc). Ils utilisent l’adaptive learning pour faire de la recommandation dans leur catalogue de formations, proposer aux apprenants les bons formats (vidéo, quizz, etc.) et la bonne difficulté. Mais aussi intervenir sous forme de notifications pour des piqures de rappel dans le cadre de la révision.
  • Les fournisseurs de LMS. La technologie adaptive learning s’intègre parfaitement dans les LMS, pour leur apporter des fonctionnalités supplémentaires. C’est le cas pour XPERTEAM, ou des Opensource comme MOODLE, etc.

Domoscio associe les sciences cognitives, le Big Data et l’intelligence artificielle pour créer des solutions d’adaptive learning…

DOMOSCIO a été fondée en 2013 par deux ingénieurs Benoit Praly et Ivan Ostrowicz. La R&D avait réellement commencée en 2012 suite au projet de fin d’études de Benoit Praly, ingénieur spécialisé en mathématiques à l’ENSIMAG de Grenoble. Sa problématique de l’époque était la suivante : je suis en étude, et je souhaite savoir comment optimiser mon temps pour retenir ce que j’ai appris en cours et donc optimiser mes révisions ? Il a donc développé et mis en pratique des algorithmes.

Associé avec Ivan Ostrowicz , qui a une expérience dans le management des organisations et les systèmes d’informations, ils ont créé Domoscio. Entre une levée de fonds en 2015, puis bientôt une autre, la start-up a remporté plusieurs prix. Elle a été récompensée par la Commission Européenne en 2014 comme l’une des 7 start-ups les plus innovantes dans la formation, puis elle a remporté le Trophée Global EdTech Europe, et enfin en décembre 2016, le Trophée Europe 1 de l’Avenir dans la catégorie Éducation.

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2 Comments

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