07 avril 2021 - Camille de DLM NEWS

Initier les enfants aux emplois de demain, c’est l’objectif que s’est fixé Maryline Perenet. Cette entrepreneuse passionnée d’éducation, d’innovation et de technologie est la fondatrice & CEO de Digit’Owl, l’école nomade de la tech et co-fondatrice de Followsophy, le podcast qui donne la parole aux jeunes.

Découvrez en exclusivité l’interview portrait de Maryline Perenet !

Comment devient-on fondatrice de la première école Montessori de la Tech ?

Depuis que je suis enfant, je suis passionnée et attirée par l’innovation et la technologie. J’ai appris mes premières lignes de code, avec des cassettes audio dans mon walkman. Le monde des ordinateurs, puis d’internet m’a toujours fascinée. Mon héros sur terre c’est Elon Musk 🙂

Lorsque j’ai vécu aux États-Unis, cette passion s’est accentuée. Et lorsque je suis devenue maman de mon fils, je me suis demandé « comment accompagner les enfants sur le chemin du numérique en douceur ? ». Puis lorsque ma fille est née, je me suis vraiment dit que je ne voudrais jamais qu’elle doute de ses capacités. Alors, il fallait créer une solution pédagogique et sans écran.

Lors d’un séjour à Londres, je découvre un robot en bois qui se programme. Je le teste sur mes deux enfants en maternelle, puis sur toute leur école. Je découvre alors les bienfaits en logique, et sur la concentration des enfants. Et comme je suis également une passionnée d’éducation alternative (Montessori, Waldorf) et de neurosciences, je cherchais une solution pour allier le meilleur des deux mondes. C’est à ce moment, que je me suis dit « il faut démarrer dès 5 ans, et ce, jusqu’à 17 ans pour accompagner les élèves dans les écoles sur le chemin de la Tech ».

Car Digit’Owl c’est avant tout un sujet d’inclusion, car tous les enfants vont à école, filles et garçons.

Le code ou « la pensée informatique » est désormais obligatoire à l’école, mais comment forme-t-on les enfants quand les professeurs ne le sont pas ?

La loi Hollande de 2013 a inséré dans les programmes de l’éducation nationale, une heure de programmation par semaine dès le CE1. Puis d’autres décrets et réformes ont suivi en 2019, avec des validations d’acquis en fin de CM2. Puis le passage de la certification PIX, de la programmation au Brevet et au Lycée, la réforme des spécialités avec en Seconde un tronc commun sur le numérique.

Mais les enseignants ne sont pas formés. Et surtout, il n’existe aucune ressource pédagogique qui suit les acquis attendus par l’éducation nationale. C’est pour cette raison que j’ai fondé Digit’Owl. Nous créons des ressources pour les enseignants de l’École Primaire au Lycée. Les enseignants peuvent les télécharger gratuitement sur notre plateforme. Nous avons lancé également nos cahiers d’élèves pour la Maternelle et le Primaire, et nous proposons des ateliers sur le temps scolaire.

En trois ans, nous avons formé plus de 15 000 élèves dans nos ateliers. Et en trois mois, nos ressources ont déjà été utilisées par plus de 18 000 élèves. Les enseignants, premiers utilisateurs en sont ravis. Ils nous expliquent que ces ressources leur permettent de coller au programme et que les enfants peuvent ainsi travailler en toute autonomie et sans écran.

Justement, qu’en pensent les enfants ?

Les enfants adorent découvrir et apprendre. La découverte, c’est l’essence même de l’enfance. Avec notre pédagogie et nos ressources, ils sont si concentrés, qu’ils apprennent en faisant avec leurs mains, et c’est essentiel pour eux.

En lançant notre podcast Followsophy avec Solène Etienne et Thomas Benzazon, nous avons souhaité laisser la parole justement aux enfants de 7 à 17 ans sur leur usage du numérique. Et nous apprenons beaucoup grâce à eux. Une idée qui revient souvent c’est que nous, parents, nous pensons qu’ils sont accros aux écrans. Alors qu’en fait, ils nous expliquent que c’est juste qu’ils s’ennuient… Et que le jour où ils seront parents, ils limiteront dès le plus jeune âge l’utilisation des écrans pour leurs enfants…

À partir de 15 ans, ils commencent à avoir conscience de la puissance des algorithmes sur les réseaux sociaux. Ces derniers leur poussent du « pour toi » et se laissent parfois entrainer des heures sans s’en rendre compte… L’idée n’est pas de leur interdire, mais de les accompagner sur le chemin de l’esprit critique et de la liberté de penser.

Leur enseigner les algorithmes sans écran ou l’histoire du numérique en leur faisant faire de projets en équipe. Ou bien en travaillant sur les fake news, et pour les plus grands sur les outils indispensables pour trouver un stage par exemple (algorithme de Linkedin), je suis persuadée que c’est bien plus fort que de leur enseigner que du code.

Quelle est votre définition de la Edtech ?

La Edtech, ce sont avant tout des entrepreneures passionnées et entrepreneurs passionnés par l’éducation et les élèves. Être entrepreneur d’une Edtech, c’est être un IronMan. C’est créer un marché. Créer des offres totalement innovantes qui n’existaient pas, et qui se construisent chaque jour, au sein d’un pays ; la France, où l’éducation nationale n’est pas toujours très heureuse de voir se créer de nouvelles solutions pédagogiques.

Sans parler du financement, qui est un casse-tête sans fin !

Qu’est-ce qui vous motive dans la vie ?

J’ai beaucoup trop de motivations ! Mes valeurs sont vraiment le partage et l’apprentissage permanent. Si je n’apprends pas dans une journée des dizaines de nouveautés, je ne me sens pas bien ! Mes centres d’intérêt sont avant tout tournés sur nos clients (les enseignants) et nos élèves. C’est ma principale préoccupation.

Mes combats, j’en ai trop ! Alors j’essaie de rester concentrée sur celui qui me tient le plus à cœur, celui d’accompagner tous les enfants. Mon objectif est qu’ils conservent leur esprit critique et leur liberté de penser vis-à-vis de la technologie.

Comment vous projetez-vous dans quelques années ?

Dans quelques années, je rêve de pouvoir faire grandir Digit’Owl sur deux continents ; l’Afrique et les États-Unis. Car cette culture du numérique et sans écran, est tout à fait adapté à l’Afrique où les écoles sont peu équipées en ordinateur et n’ont que peu de moyens.

Et les États-Unis, je crois profondément que notre solution pour les enseignants notamment en Californie peut les intéresser. Et puis j’aime tellement leur culture et… Elon 🙂

Influenceur Edtech, quelles sont vos prochaines actions pour l’écosystème Edtech ?

Je ne crois pas être une influenceuse Edtech. Mais ce qui est sûr, c’est que je suis engagée ! Ce qui doit changer, ce sont les modes de financement pour pousser les solutions Edtech en France ! Car le vrai enjeu, il est là. Si vous créez la plus belle solution, mais que vous ne pouvez pas la faire grandir faute de moyens, c’est désastreux pour l’avenir des élèves.

Beaucoup de start-ups Edtech en France sont obligées de s’expatrier. Et c’est sans compter les deux dernières cessions de belles Edtech, comme Glose et Lalilo toutes deux cédées à de grands groupes, médias américains.

Un mot de la fin… ou votre Leitmotiv ?

Ce sont ; la passion et l’audace qui changent le monde !